Le journaliste colombien fait face à de multiples procédures judiciaires, menaces de mort et campagnes de dénigrement pour avoir enquêté sur les liens présumés d’Abelardo de la Espriella avec la pyramide DMG et des réseaux de pouvoir opaques. Son cas met en lumière comment la judiciarisation peut devenir un outil d’intimidation et un risque direct pour la liberté de la presse en Colombie.
Judiciarisation systématique
Ces dernières années, Daniel Mejía Lozano a été la cible d’une offensive judiciaire systématique menée par Abelardo de la Espriella, candidat à la présidence. Les actions légales simultanées, y compris tutelles, actions civiles et procédures pénales, ont été lancées à Bogotá, Barranquilla et dans d’autres villes, créant une pression constante sur le journaliste et ses collègues.
« Ce n’est pas un cas isolé. C’est un schéma destiné à intimider ceux qui enquêtent sur le cercle de pouvoir d’un candidat à la présidence », a déclaré Julián Martínez Vallejo, journaliste également poursuivi aux côtés de Mejía Lozano.
Entre 2023 et 2024, De la Espriella a lancé des actions contre Camila Zuluaga, Melquisedec Torres et d’autres journalistes, ajoutant des procédures datant de 2018 à Barranquilla. Des experts considèrent ces stratégies comme des SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation), conçues pour épuiser et réduire au silence les enquêtes d’intérêt public.
« La multiplication des poursuites ne cherche pas la justice, mais à inhiber la recherche journalistique », explique Ana María Rodríguez, avocate spécialisée dans le droit à l’information.
DMG : un mystère non résolu
Le cœur des enquêtes est DMG, la pyramide financière de David Murcia Guzmán, effondrée avec des milliers de victimes. Les fonds de DMG restent non élucidés, tandis que la fortune d’Abelardo de la Espriella apparaît exorbitante, soulevant des questions sur son origine et sa possible implication dans des conseils ou mouvements financiers liés à la liquidation de la pyramide.
« La question n’est pas s’il y a eu condamnation pénale, car il n’y en a pas, mais s’il existait des liens économiques qui devraient être transparents », a expliqué Ignacio Gómez Gómez, journaliste et enquêteur en corruption.
Le contexte colombien est critique : depuis 1977, plus de 200 journalistes ont été assassinés pour avoir enquêté sur la corruption, selon la FLIP (Fondation pour la Liberté de la Presse), démontrant que l’investigation financière et politique est un risque réel pour la vie, et non un simple défi professionnel.
María Mercedes Perry et la coordination judiciaire
La liquidatrice María Mercedes Perry, surnommée la « liquidatrice vedette » par l’ex-président Juan Manuel Santos, joue un rôle clé. Elle a demandé des amendes de 20 millions de pesos contre Mejía Lozano pour des articles révélant une corruption présumée dans la liquidation de DMG. Lors d’une audition, elle a appelé un procureur « juge », qui l’a corrigée sur-le-champ, exposant une confusion des rôles et une gestion controversée de la justice.
« Lorsque la sanction financière est utilisée contre des journalistes qui enquêtent sur la corruption, le message est disciplinaire et dissuasif », explique Carlos Muñoz, analyste légal en liberté de presse.
Perry entretient une alliance stratégique avec De la Espriella, coordonnant des actions judiciaires visant à protéger les intérêts économiques et à réduire au silence les enquêtes, illustrant un schéma systématique d’intimidation de la presse. Elle a également été impliquée dans la perte judiciaire du méga-lot Las Mercedes, soulevant des doutes sur sa capacité à protéger l’intérêt public.
Tutelles remportées et résistance
Daniel Mejía Lozano a fait face à de multiples tutelles sans avocat et a remporté toutes les procédures, démontrant la véracité de ses enquêtes. Cela met en évidence comment la judiciarisation peut être utilisée comme un outil de censure indirecte, avec un effet dissuasif comparable à une menace physique.
« Lorsqu’un candidat à la présidence utilise systématiquement les tribunaux pour faire taire les enquêtes, ce n’est pas seulement la liberté de la presse d’un individu qui est en jeu, mais le droit de toute la société à connaître la vérité », affirme Ana María Rodríguez.
Chaque procédure est un message clair : enquêter sur le pouvoir et la corruption peut coûter la liberté, la crédibilité et la sécurité personnelle.
Menaces, UNP et complicité médiatique
Même avec un schéma de protection de l’UNP, Mejía Lozano a été victime de plusieurs attentats. Des sources indiquent que des dirigeants de l’UNP, certains avec des antécédents de corruption et condamnés pour liens avec le narcotrafic, surveillaient ses mouvements pour fournir des informations à ceux qui voulaient le réduire au silence.
La presse régionale à Boyacá a contribué à sa persécution, justifiant les attaques et soutenant des campagnes de dénigrement en échange de publicité, tout en cachant les révélations sur la corruption. Aujourd’hui, depuis la France, Mejía Lozano subit une nouvelle phase d’harcèlement judiciaire, orchestrée par Abelardo de la Espriella, possible prochain président, démontrant que l’intimidation et le danger dépassent les frontières.
Conclusion : un journalisme en danger
Le cas de Daniel Mejía Lozano —DMG, María Mercedes Perry, Abelardo de la Espriella, tutelles, menaces et complicité médiatique— reflète un schéma de corruption, concentration du pouvoir et pression systématique sur la presse indépendante.
« Lorsque la justice est utilisée pour faire taire plutôt que pour éclairer, le dommage n’est pas individuel, il est systémique », affirme Ana María Rodríguez, avocate en droit de l’information.
En Colombie, où l’histoire a enregistré des assassinats de journalistes pour avoir enquêté sur la corruption et le narcotrafic, protéger le journaliste est un devoir constitutionnel et démocratique, et enquêter sur l’argent et le pouvoir ne peut pas être un crime.









